28/04/2011
Le Mariage Mixte en Islam
- Et n'épousez pas les femmes associatrices [Mushrikāti] tant qu'elles n'auront pas la foi, et certes, une esclave croyante
[Mu'uminatun] vaut mieux qu'une associatrice [Mushrikatin], même si elle vous enchante. Et ne donnez pas d'épouses aux associateurs [Mushrikīna] tant qu'ils n'auront pas la foi, et certes, un esclave croyant [Mu'uminun] vaut mieux qu'un associateur [Mushrikin] même s'il vous enchante. Car ceux-là invitent au Feu ; tandis qu'Allah invite, de part Sa Grâce, au Paradis et au pardon. Et Il expose aux gens Ses enseignements afin qu'ils se souviennent ! (Coran II, 221)
- Vous qui avez cru ! Quand les croyantes [Mu'uminātu] viennent à vous en émigrées, éprouvez-les ; Allah connaît mieux leur foi ; si vous constatez qu'elles sont croyantes [Mu'uminātin], ne les renvoyez pas aux mécréants [Kuffāri]. Elles ne sont pas
licites pour eux, et eux non plus ne sont pas licites pour elles. Et rendez-leur ce qu'ils ont dépensé. Il ne vous sera fait aucun grief en vous mariant avec elles quand vous leur aurez donné leur mahr. Et ne gardez pas de liens conjugaux avec les mécréantes [Kawāfiri]. Réclamez ce que vous avez dépensé et qu'eux aussi réclament ce qu'ils ont dépensé. Tel est le jugement d'Allah par lequel Il juge entre vous, et Allah est Omniscient et Sage (Coran LX, 10)
- Vous sont permises, aujourd'hui, les bonnes nourritures. Vous est permise la nourriture des gens du Livre, et votre propre nourriture leur est permise. (Vous sont permises) les femmes vertueuses d'entre les croyantes [Mu'umināti], et les femmes vertueuses d'entre les gens qui ont reçu le Livre avant vous, si vous leur donnez leur mahr, avec contrat de mariage, non en débauchés ni en preneurs d'amantes. Et quiconque abjure la foi, alors vaine devient son action, et il sera dans l'au-delà, du
nombre des perdants (Coran V, 5)
Réponse du Conseil Européen de la Fatwâ et de la Recherche
Au Nom de Dieu, louanges à Dieu et paix et bénédictions sur le Messager de Dieu.
Le Conseil Européen de la Fatwâ et de la Recherche s’est penché sur la question du mariage avec des non-musulmanes et a examiné les diverses études qui ont été menées sur cette question. Après délibération, le Conseil a atteint les conclusions suivantes :
Premièrement, une femme scripturaire désigne toute femme croyant en une religion d’origine céleste comme le judaïsme ou le christianisme. Elle croit, dans l’ensemble, en Dieu, en Ses Messages, et à la Demeure Dernière. Elle n’est ni athée, ni relapse, ni adepte d’une religion sans lien connu avec le Ciel.
La majorité des savants musulmans tiennent pour autorisé le mariage avec les femmes scripturaires, en vertu du verset de la sourate 5, Al-Mâ’idah, qui est l’un des tout derniers versets révélés du Noble Coran : « Aujourd’hui vous sont rendues licites les bonnes choses ; la nourriture des gens du Livre est licite pour vous et votre nourriture est licite pour eux ; les femmes vertueuses parmi les croyantes et les femmes vertueuses parmi ceux qui ont reçu le Livre avant vous, si vous leur versez leur dot en épouses chastes et non point en débauchés, ni en preneur d’amantes » [1].
Certains, parmi les premiers musulmans, ont désapprouvé, voire interdit, le mariage avec une femme scripturaire : c’est le cas du Compagnon `Abd Allâh Ibn `Umar. Néanmoins, l’opinion correcte est celle de la majorité étant donné l’énoncé explicite du verset.
Deuxièmement, il y a des critères que l’on doit prendre en compte lorsqu’on entreprend d’épouser une femme scripturaire :
- S’assurer qu’elle est bien scripturaire, au sens précisé précédemment.
Ainsi, il est notoire que toute femme occidentale, née de parents chrétiens, n’est pas nécessairement chrétienne à son tour. De même, toute femme ayant grandi dans un milieu chrétien n’est pas nécessairement chrétienne. Elle peut, en effet, être une communiste matérialiste, ou adepte d’une religion non reconnue aux yeux de l’islam, telle que le bahâ’isme. - Elle doit être vertueuse et chaste car Dieu n’a pas rendu licite le mariage avec n’importe quelle femme scripturaire. Le verset autorisant un tel mariage assortit cette autorisation d’une restriction aux femmes vertueuses. La vertu consiste à être chaste et à se refuser à la fornication. Il n’y a pas de différence en ce sens entre une chasteté originelle et une chasteté acquise après un repentir.
- Elle ne doit pas appartenir à un peuple ennemi de l’islam et des musulmans, à moins qu’elle se démarque clairement de la position des siens. Le Très-Haut dit : "Tu ne trouveras point, parmi ceux qui croient en Dieu et au Jour dernier, des gens qui témoignent de l’affection envers ceux qui combattent Dieu et Son Messager" [2] alors que le mariage nécessite l’affection comme le confirme le verset suivant : "Parmi Ses signes, il créa pour vous de votre chair des épouses afin que vous trouviez la quiétude auprès d’elles, et Il a déposé entre vous affection et bonté" [3].
- Le mariage avec la femme scripturaire ne doit pas entraîner des troubles ou des préjudices certains, ou très probables, car le recours aux choses autorisées est conditionné par l’absence de préjudice. S’il s’avère que le recours aux choses autorisées est néfaste en général, alors elles peuvent être interdites de manière générale. Si les dégâts sont particuliers, alors elles peuvent être interdites dans des cas particuliers. À mesure que le préjudice grandit, l’interdiction et le caractère illicite se renforcent. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit en effet : "Ni préjudice, ni préjudice réciproque".
Les préjudices que l’on peut craindre du mariage avec une non-musulmane prennent diverses formes :
- que le mariage avec les non-musulmanes se généralise au point que cela mette en difficulté les musulmanes aptes à se marier ;
- que les gens fassent preuve de laxisme dans le respect du prérequis de la chasteté que le Coran exige pour autoriser le mariage avec les femmes scripturaires ;
- ou encore que l’on craigne que la descendance soit dévoyée, ou que, de son vivant, l’époux lui-même soit affecté par son épouse non-musulmane et, après sa mort, dans le traitement réservé à sa dépouille et à sa succession.
Cette différence entre le mariage d'un musulman avec une juive ou une chrétienne et le mariage d'une musulmane avec un non-musulman est à comprendre par rapport à trois points :
Primo, le mariage est quelque chose de très important, qui demande beaucoup plus que l'amour. En effet, en plus d'être fondé sur l'amour, un couple est aussi un équilibre qui se maintient au jour le jour, à force de compréhension mutuelle, de concessions, de dialogue et de volonté. Or, le fait d'avoir une sorte de non-reconnaissance de ses croyances, de ses valeurs et de son cadre de référence fragilise énormément les fondements du couple.
Secundo, l'organisation de la famille en islam est telle qu'il y a une complémentarité des fonctions qui fait par exemple que le mari a le devoir de subvenir aux besoins de la famille, mais que l’épouse a le droit de ne pas subvenir à ses propres besoins matériels même si elle possède des biens. Cette différence des fonctions fait que l’épouse peut se retrouver dans une situation de dépendance par rapport au mari.
Tertio, les musulmans et musulmanes reconnaissent tous et toutes comme véridiques Moïse et Jésus : celui qui ne reconnaît pas en eux d'authentiques messagers de Dieu, ayant reçu de Lui la révélation, n'est pas musulman.
C’est dans le cadre de ces trois particularités que l'on peut comprendre pourquoi un musulman peut se marier avec une juive ou une chrétienne (sous certaines conditions) mais qu’une musulmane ne peut pas se marier avec un non-musulman. En effet, au cas où une juive ou une chrétienne épouse un musulman, le responsable du foyer reconnaît sa foi en Moïse et Jésus, qui sont considérés comme d'authentiques messagers de Dieu. En revanche, les sources musulmanes n'ont pas permis le mariage d'une femme musulmane avec un juif ou un chrétien, parce qu’elle pourrait se retrouver dans une situation où le responsable du foyer ne reconnaît absolument pas sa foi et le message de Muhammad comme un authentique message de Dieu... Voilà pourquoi ce qui est possible dans un sens ne l’est pas dans l’autre.
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